Biographie

Christian CANTOS

 

Au matérialisme de l’époque, Christian Cantos oppose une quête spirituelle, guidée par la flamme d’une pensée ouverte. Le questionnement du réel est le moteur qui l’anime.
Les réponses qu’il reçoit ne sont pas toujours plaisantes. Cantos ne cherche pas spécialement à peindre le beau, il le recherche, souvent en dénonçant ce qui est laid.

Le procès de création d’une œuvre est toujours le même.
Cantos part d’un concept, d’une idée générale, concrète ou abstraite, qui impose une image à ses yeux. La composition est d’emblée fixée dans ses grandes lignes. Très vite l’expression de l’idée génératrice se matérialise à grands coups de brosse ou de pinceau, parfois sur la toile brute lorsque la pulsion créatrice est incontrôlable.
Des collages peuvent concourir à la manifestation des formes ou imprimer leur organisation au tableau. Au fur et à mesure de la fabrication de l’œuvre, Cantos parle, couteau en action.
Il met des mots sur ce que sa main fait, ou bien celle-ci traduit en gestes ce qu’il exprime.
L’idée en tout cas se précise, s’affine. L’œuvre plastique suit cette progression verbale, cet enchaînement du raisonnement. L’artiste souvent se remet instinctivement en question, s’interroge sur la pertinence de ses propos, sur leur cohérence.

Toujours un fond éthique canalise la progression de la pensée, laquelle est toujours logique.
Les repentirs sont nombreux. A chaque fois, ils marquent un revirement de l’artiste perdu sur un chemin intellectuel qui ne menait nulle part.
Au moment où la lumière se fait, où l’acuité de l’intellect est à son paroxysme, Cantos reprend le couteau, pose encore très vite quelques rares aplats sur la toile puis se met à travailler avec la tranche de l’outil.

Commence alors un labeur de patience, empreint à la fois de frénésie et d’automatisme.
Une succession inlassable de petits traits formant des angles vifs cadastrent l’œuvre.
Cette manière, qui rend l’écriture de Cantos si reconnaissable, s’impose à l’artiste comme une nécessité. Quant à la facture générale, l’artiste l’explique sans fausse pudeur : « Je traite mes couleurs d’une manière anthracite, corrosive avec beaucoup de matière au couteau et n’hésite pas à éponger, brosser, gratter et laisser couler de longues bavures fluides en huile ou acrylique. »

L’écriture cantossienne s’est formée progressivement à partir du début des années deux mille.
A l’origine il s’est agi d’un choix esthétique suggéré par la longue expérience de l’artiste dans la taille de la pierre. La division en formes rectangulaires d’éléments tirés du réel a d’abord traduit l’habitude de Cantos de façonner des moellons et de les jointoyer.
Le passage de l’huile à l’acrylique en 2005 a favorisé un traitement plus acéré de la structuration de l’image. Le geste s’est théorisé. La signification a évolué. L’aspect formel de l’écriture est désormais relégué au second plan.
Le quadrillage systématique, répétitif, obsessionnel de l’œuvre a un sens.
Une fois l’idée mise en forme sur la toile, Cantos éprouve le besoin de la structurer, de lui imprimer une grille rationnelle, de la « cisailler » afin de révéler son « échafaudage » pour reprendre les termes mêmes de l’artiste.
In fine, il semble que tout, pour Cantos, doive être soumis au principe de Raison.
Si le terme de « constructiviste » s’appliquait à une philosophie, l’œuvre de Cantos serait constructiviste.

Christian Cantos est né en 1967 sous un autre patronyme.
Par goût pour le dessin, il a, très jeune, suivi cinq années durant l’enseignement à la fois académique et impressionniste du peintre Michel Leclerc (†2004) à Elbeuf. Peu après l’avènement de Mitterrand, Christian a été admis au cours « d’expression libre » de la toute nouvelle Maisons des Arts d’Evreux où il apprit à « sortir son intérieur personnel », comme il le souligne lui-même.
La consigne antiacadémique consistait à détruire son propre élan initial, à le nier, en même temps qu’à gommer le réel pour permettre à l’artiste de se propulser lui-même dans l’œuvre.
Le pas de l’expressionnisme était franchi. Cet enseignement iconoclaste fut équilibré par l’apprentissage scolaire qui fit du jeune artiste un spécialiste en arts graphiques appliqués.
Cantos n’exercera qu’exceptionnellement dans le domaine du graphisme.

Une autre muse le titillait, la musique. En un siècle où l’internet balbutiait, le jeune musicien n’avait pas d’autre choix que se montrer physiquement, de se produire à tous les coins de rue, en tous lieux, par tous les temps. Cantos partit de Normandie pour réaliser son tour de France, en quête de lui-même.
Ni la peinture, ni la musique ne lui permettraient de vivre. Il devint tailleur de pierre. Il parcourut l’Hexagone et se posa un peu partout, de Cotignac à Lille, d’Annecy à Rouen, en passant par l’Ardèche, et Paris évidemment.
Son talent de peintre allié à ses compétences de graphiste lui permirent de toujours s’exprimer dans les arts plastiques, de patiemment chercher sa voie. Cantos composa de vastes fresques sur des parois publiques ou privées, réalisa des affiches, militantes ou non, dessina pour les touristes et pour ceux qui rêvaient de s’évader. Forcé de fréquenter la rue, Christian côtoya les SDF. Il logea dans des banlieues tristes dont les barres hantent encore ses œuvres.
La réception de l’œuvre de Cantos par le public s’opéra en 2005 à l’occasion d’une exposition de groupe en Belgique. L’accueil fut tel que Cantos décida sur l’instant de ne plus se consacrer qu’à sa double carrière d’artiste. Il déposa définitivement ciseau et maillet. En peu de temps, sa manière originale et la force de ses images suscitèrent l’intérêt de plusieurs professionnels du marché de l’art.

Depuis 2007, les marques d’admiration et les expositions se succèdent à un rythme soutenu :
Dole (Mahana), Bruxelles (Dolce Vita, La Girafe), Mulhouse (Concorde), Beaune (Titren), Knokke-Heist (Cafmeyer), Paris (Modus, Vieceli, Orsel), Verdun (Art Actu), Wissenkerke (De Praktijk), Cannes (Vieceli), Saint-Emilion (Créaline), Berlin (La Girafe), Boulogne-sur-Mer (Premières Toiles), Luxembourg (1900), etc.
Christian Cantos est inscrit au catalogue des artistes permanents de la galerie parisienne Vieceli.
Il vient d’être sélectionné par le collectif Art Zoom pour exposer au Canada.

Nonobstant de timides incursions dans l’abstraction, l’œuvre de Cantos est figurative sans être mimétique, réaliste sans être naturaliste.
Avant tout l’idée prime. « Sous mon couteau », dit l’artiste, « une chose matérielle devient immatérielle. »
En une formule ramassée à valeur initiatique, Cantos s’explique : « Pouvoir dire est pour moi le départ pour passer à l’acte d’ouvrir les portes closes. »
L’image est toujours autre chose que ce qu’elle semble être. Elle n’est qu’une porte que le spectateur doit ouvrir pour accéder à l’idée.

Pour attirer ainsi le spectateur dans l’œuvre, Cantos a créé un univers urbain anonyme et froid peuplé de messieurs effilés, en chapeau et pardessus, et de sylphides élancées et dévêtues. Une sorte de héros à l’allure bohême se dégage de ces silhouettes uniformisées. Une cohorte de personnages allégoriques complète le panthéon cantossien.
L’artiste se plaît à jouer avec ces êtres artificiels pour suggérer la pensée qui l’habite. Souvent des éléments de la composition deviennent des attributs signifiants. La posture des personnages indique parfois la voie de l’interprétation.

« Un bon artiste », dit Cantos, « doit connaître les gens. »
C’est face à cet impératif que l’existence chaotique passée de l’artiste livre toute sa richesse. Il connaît, lui, le faciès peu avenant de l’humanité.
Pourtant, il croit en l’Homme, sommet de la Création, qu’il place au centre de son œuvre. Partant de là, il n’est pas un thème que l’artiste s’interdise de traiter.
Les sujets futiles, presque licencieux, ne sont pas évités, car, selon l’artiste « ils font partie de la vie.» En contrepoint de l’humain, Cantos a inventé le robot. Il lui permet de pousser d’autres portes, ouvertes sur d’autres champs sémantiques.
A côté de la vie réelle, la littérature constitue une seconde source d’inspiration de l’artiste. Le texte qui l’obsède est l’Apocalypse de Jean.
De manière récurrente, des figures tirées du récit s’insinuent dans les œuvres du peintre. Une série d’images peut aussi être créée sur un coup de tête : ainsi, lorsque Cantos en a assez des constructions que l’homme abandonne sur la Terre, il les propulse dans les airs.
Christian Cantos confesse volontiers qu’il ne supporte pas la routine.
La lenteur de tous les apprentissages lui a toujours pesé. L’artiste aujourd’hui veut des défis, à relever vite, pour franchir une étape et passer à la suivante. Ainsi, il y a eu la riche collaboration avec le photographe d’art Michel Léger qui a permis au duo de produire des œuvres fortes et parfaitement cohérentes.
Ensuite, Christian Cantos s’est attelé à la création d’une œuvre totale : littéraire, musicale et plastique. Intitulée « La Quête », il en mûrissait l’idée depuis ses années d’errance. Une série de vingt-trois toiles rend visible les étapes d’un parcours initiatique largement autobiographique. Cantos en a rédigé un synopsis dont l’écrivain Christian Dupont a tiré une longue nouvelle. La scansion dramatique de l’œuvre est marquée par seize chansons dont Cantos est le plus souvent l’auteur-compositeur.
En 2011, Christian Cantos a accepté de se plier à un exercice académique. Il s’agissait de créer une œuvre à valeur universelle au départ d’un texte source, en veillant à utiliser les éléments appropriés de l’iconographie traditionnelle. Le texte qui lui fut imposé est le roman de Michel Tournier, Gaspard, Melchior et Balthazar. Contre toute attente, Cantos réalisa une Crucifixion qui fit sensation lors de son dévoilement public le 24 septembre 2011 à Virton (Belgique).

Au moment où ces lignes sont écrites, Christian Cantos relève un nouveau challenge. S’inspirant de la composition du célèbre tableau de David, Bélisaire recevant l’Aumône (1781, P.B.A. Lille), l’artiste a décidé de revisiter et d’actualiser le thème de l’ingratitude des puissants.
Ce faisant, Cantos est parvenu à se soumettre de lui-même à une discipline et à une méthode qui ne lui sont pas naturelles. Il a renoncé délibérément à l’élan fougueux toujours à l’origine de ses créations. Cela est sans conteste la marque de la maturité. Cantos, peintre désormais émergent, a abouti dans sa quête.

Pour autant la pulsion de s’exprimer dans la spontanéité, dans l’immédiateté demeure la plus forte, au point de contraindre l’artiste à interrompre son travail, saisir une toile vierge et se lancer dans la création d’une œuvre débridée. Par besoin. Par gourmandise. Les admirateurs de l’expressivité cantossienne trouveront donc toujours satisfaction.

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